L’Andorre n’est pas en train d’entrer dans l’Union européenne.
Le processus actuel concerne un Accord d’association avec l’Union européenne, qui prévoit une participation progressive de l’Andorre au marché intérieur européen tout en maintenant la Principauté comme État non membre de l’UE.
Le Conseil de l’Union européenne a autorisé en juillet 2026 la signature et l’application provisoire de l’Accord. Le Govern a annoncé que la signature aura lieu le 19 octobre 2026 à Bruxelles, tout en précisant que cette signature n’entraîne pas, à elle seule, l’application de l’Accord en Andorre et que le processus de ratification se poursuit ensuite.
Pour l’architecture, la question la plus intéressante n’est donc pas tant de savoir si « l’Andorre entre en Europe », mais plutôt de comprendre :
quels éléments de l’Accord peuvent concrètement modifier la manière de concevoir, rénover, contractualiser et exercer l’architecture en Andorre ?
En résumé : cinq domaines concernent directement l’architecture
Le texte de l’Accord contient plusieurs ensembles particulièrement liés au secteur :
- la reconnaissance des qualifications des architectes et autres professionnels ;
- la prestation de services entre l’Andorre et les pays de l’UE ;
- la performance énergétique et la rénovation des bâtiments ;
- les réglementations techniques, normes, essais et certifications ;
- les marchés publics et concours.
L’Accord ne signifie pas que tous ces changements apparaîtront le même jour.
Certains disposent de périodes d’adaptation et d’autres nécessiteront des textes, procédures ou décisions d’application en Andorre.
1. La manière d’exercer comme architecte en Andorre va-t-elle changer ?
C’est l’un des points les plus concrets de l’Accord.
Son annexe VII intègre la directive européenne 2005/36/CE relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles.
Le texte prévoit pour l’Andorre une période d’adaptation de trois ans à compter de l’entrée en vigueur de l’Accord pour cette directive. Consilium Data
L’architecture fait partie des professions spécifiquement réglementées dans le système européen de reconnaissance des qualifications.
Cela crée un cadre commun pour traiter les diplômes et qualifications de professionnels venant d’Andorre et des pays de l’Union.
Il existe toutefois une différence importante entre la reconnaissance d’une qualification et le droit d’exercer immédiatement une profession réglementée.
L’Accord ne permet pas d’affirmer que n’importe quel architecte européen pourra commencer à signer des projets en Andorre automatiquement et sans formalité.
Il faudra définir et appliquer les procédures de reconnaissance, d’inscription, de collège professionnel lorsque cela s’applique et les autres conditions d’exercice.
Pour les architectes andorrans, la logique est la même dans l’autre sens.
Le nouveau cadre peut faciliter la reconnaissance des qualifications à l’intérieur du marché intérieur, mais il ne signifie pas la disparition de toutes les conditions nationales d’exercice.
Pour la profession, l’une des questions concrètes à suivre sera donc :
comment l’accès à la profession d’architecte sera-t-il adapté en pratique, et quel rôle auront le COAA et l’administration dans ces procédures ?
2. Travaillera-t-on plus souvent avec des architectes, ingénieurs et consultants étrangers ?
L’architecture contemporaine mobilise de plus en plus des équipes multidisciplinaires.
Architectes, ingénieurs structure, spécialistes des installations, consultants énergétiques, acousticiens, paysagistes, designers ou spécialistes BIM peuvent intervenir sur un même projet.
L’annexe X de l’Accord intègre la directive européenne 2006/123/CE relative aux services dans le marché intérieur et prévoit également une période d’adaptation de trois ans à compter de son entrée en vigueur. Pendant cette période, le texte prévoit que l’Andorre ne devra pas maintenir ou introduire de traitement discriminatoire à l’égard des prestataires de services de l’Union. Consilium Data
La documentation officielle d’AndorraUE destinée aux entreprises de l’industrie et de la construction mentionne également davantage de facilités prévues pour offrir des prestations dans l’UE, participer à des appels d’offres et recruter certains profils qualifiés issus du marché européen.
Cela définit un cadre.
Cela ne permet pas encore de savoir comment le marché réagira réellement.
Les équipes franco-andorranes ou hispano-andorranes deviendront-elles plus fréquentes ?
Davantage de bureaux d’études européens interviendront-ils sur des projets andorrans ?
Les agences andorranes pourront-elles intervenir plus facilement sur des projets situés hors du pays ?
Ce sont des possibilités cohérentes avec l’objectif de l’Accord, mais elles doivent aujourd’hui être formulées comme des questions, pas comme des conséquences acquises.
3. Performance énergétique : probablement l’un des impacts les plus directs sur le projet
Pour un architecte, l’un des éléments les plus importants se trouve dans l’annexe IV consacrée à l’énergie.
L’Accord intègre la directive européenne 2010/31/UE relative à la performance énergétique des bâtiments, avec des adaptations spécifiques pour l’Andorre.
Le texte prévoit que l’Andorre définisse un objectif national visant à progresser vers un parc immobilier hautement performant sur le plan énergétique et décarboné, avec des étapes indicatives pour 2030, 2040 et 2050.
Il prévoit également l’élaboration d’une stratégie de rénovation à long terme du parc existant. Consilium Data
Les conséquences architecturales potentielles sont ici très concrètes.
Elles concernent notamment :
- la conception de l’enveloppe ;
- l’isolation thermique ;
- la performance des fenêtres et menuiseries extérieures ;
- les ponts thermiques ;
- l’étanchéité à l’air ;
- le chauffage et le refroidissement ;
- la ventilation ;
- la production d’énergie ;
- la consommation globale du bâtiment ;
- la rénovation énergétique du parc existant.
Cela ne signifie pas que toutes les conditions permettant d’obtenir un permis en Andorre changeront automatiquement demain.
Cela ne permet pas non plus d’affirmer que la réglementation andorrane copiera littéralement les exigences actuelles de la France ou de l’Espagne.
Il faudra analyser les textes andorrans qui développeront ces obligations.
Une orientation réglementaire est toutefois explicite :
la performance énergétique et la rénovation du parc existant occupent une place centrale dans l’adaptation liée à l’Accord.
4. La rénovation pourrait-elle prendre encore davantage d’importance ?
Le lien entre l’Accord et la rénovation des bâtiments est particulièrement intéressant en Andorre.
Une partie importante du parc immobilier existant a été construite selon des critères thermiques et techniques différents des standards actuels.
Si l’objectif est d’évoluer progressivement vers des bâtiments plus performants, la question ne concerne pas uniquement les constructions neuves.
Elle concerne nécessairement le parc existant.
L’annexe énergétique de l’Accord prévoit précisément une stratégie de rénovation à long terme. Consilium Data
D’un point de vue architectural, plusieurs questions apparaissent :
de nouvelles exigences apparaîtront-elles pour certaines rénovations ?
les aides ou incitations à l’amélioration des enveloppes et installations évolueront-elles ?
les rénovations associant redistribution intérieure et amélioration énergétique deviendront-elles plus fréquentes ?
demandera-t-on progressivement davantage d’informations sur les performances réelles du bâtiment ?
L’orientation générale est documentée.
Sa traduction exacte en obligations pour un propriétaire ou un projet donné devra encore être vérifiée dans les futurs textes andorrans.
5. Matériaux et produits de construction : vers une documentation technique plus homogène ?
L’Accord comprend également une annexe II consacrée aux réglementations techniques, normes, essais et certifications. La structure officielle de l’Accord identifie ce domaine parmi les matières intégrées au fonctionnement du marché intérieur.
Pour l’architecture, cette question est moins visible qu’une modification d’un règlement d’urbanisme, mais elle peut être très importante dans la pratique.
Lorsqu’un architecte prescrit une fenêtre, un isolant, une membrane, une structure, un revêtement ou un système constructif, il doit pouvoir en vérifier les performances.
Cela implique de la documentation technique, des essais, des classes de performance, des certifications et des critères de mise en œuvre.
L’Accord met en place un cadre permettant de rapprocher ces systèmes du fonctionnement du marché intérieur.
Il serait prématuré d’affirmer précisément quel document supplémentaire un architecte devra fournir ou quel produit changera de statut.
La question pertinente est plutôt :
l’intégration progressive au cadre européen permettra-t-elle une lecture plus homogène des performances et certifications des produits utilisés en Andorre ?
Ce sera un sujet technique à suivre au fur et à mesure de l’actualisation et de l’application des annexes de l’Accord.
6. Concours d’architecture et commandes publiques
Un autre impact concret concerne les marchés publics.
L’Accord comporte une annexe spécifique consacrée à cette matière. La documentation officielle d’AndorraUE indique également que les entreprises andorranes pourront accéder aux appels d’offres des pays du marché intérieur dans le cadre prévu par l’Accord. AndorraUE
Pour l’architecture, cela peut concerner notamment :
- les concours d’architecture ;
- les marchés de services d’architecture ;
- les missions d’ingénierie ;
- l’assistance technique aux administrations ;
- les marchés publics de travaux.
Pour une agence andorrane, cela pourrait élargir le cadre permettant de se présenter à certaines consultations européennes.
Réciproquement, il faudra observer l’évolution de l’accès des opérateurs européens aux marchés publics andorrans.
Tous les contrats publics ne fonctionneront pas automatiquement comme une procédure européenne.
Les seuils, procédures, objets des contrats et règles d’application resteront déterminants.
L’impact réel pour les architectes sera visible lorsque ces dispositions seront transformées en procédures de passation concrètes.
7. Ce qui ne change pas automatiquement : POUP, constructibilité et permis
Ce point est essentiel.
L’Accord d’association ne doit pas être confondu avec une nouvelle réglementation urbanistique de l’Andorre.
Les documents officiels de l’Accord couvrent notamment la libre circulation, les services, l’énergie, les marchés publics, l’environnement ou les réglementations techniques. Eur-Lex
Cela ne signifie pas la disparition automatique :
- des POUP de chaque Comú ;
- de la classification urbanistique des terrains ;
- de la constructibilité ;
- des hauteurs maximales ;
- des reculs ;
- des usages autorisés ;
- des procédures de permis ;
- des compétences urbanistiques des administrations andorranes.
Un architecte devra toujours étudier la réglementation territoriale et communale applicable à chaque parcelle et à chaque projet.
Ce qui peut évoluer, c’est l’ajout progressif de nouvelles exigences issues des domaines couverts par l’Accord.
Un projet pourrait par exemple conserver exactement la même constructibilité urbanistique tout en étant soumis, à l’avenir, à des exigences techniques ou énergétiques différentes.
Urbanisme et réglementation technique ne sont pas la même chose.
8. Pour quelqu’un qui souhaite construire ou rénover en Andorre, qu’est-ce qui change aujourd’hui ?
À ce jour, la réponse doit rester prudente :
l’Accord ne modifie pas encore automatiquement un projet privé d’architecture en cours.
Le Govern a explicitement indiqué que la signature prévue le 19 octobre n’entraîne pas, à elle seule, l’application de l’Accord en Andorre. Govern d’Andorra
Un projet doit continuer à être développé selon la réglementation actuellement applicable.
Pour un propriétaire ou un promoteur, il n’y aurait donc pas de raison de suspendre un projet en attendant d’hypothétiques futures règles européennes.
Pour les opérations envisagées à moyen ou long terme, il peut en revanche être pertinent de suivre l’évolution de certains sujets, notamment :
- la performance énergétique ;
- la rénovation ;
- les systèmes techniques ;
- la documentation des produits ;
- l’organisation des équipes professionnelles.
Le rôle de l’architecte sera justement de distinguer ce qui est déjà obligatoire de ce qui relève encore d’une future évolution réglementaire.
9. Les vraies questions pour l’architecture andorrane
Plusieurs conséquences possibles du nouvel accord sont régulièrement évoquées, mais elles ne peuvent pas encore être présentées comme des faits.
Il est plus rigoureux de les poser sous forme de questions :
- davantage d’agences européennes viendront-elles travailler en Andorre ?
- la concurrence entre architectes augmentera-t-elle ?
- les agences andorranes auront-elles davantage d’opportunités hors du pays ?
- les équipes techniques internationales deviendront-elles plus fréquentes ?
- le fonctionnement des concours publics d’architecture évoluera-t-il ?
- les exigences concernant matériaux et certifications changeront-elles ?
- quelles obligations apparaîtront pour la rénovation des bâtiments existants ?
- de nouvelles exigences énergétiques modifieront-elles la manière de concevoir façades, fenêtres et installations ?
- comment les procédures du COAA et des administrations andorranes évolueront-elles ?
L’Accord permet d’identifier les domaines dans lesquels le changement peut se produire.
Il ne permet pas encore de mesurer l’ampleur réelle de ce changement sur le marché.
10. Ce que les architectes devront suivre dans les prochaines années
Pour le secteur, les annonces politiques ne constituent que la première étape.
Les changements réellement importants apparaîtront dans des documents beaucoup plus techniques.
Il faudra notamment suivre :
- l’entrée en vigueur effective de l’Accord ;
- les périodes d’adaptation ;
- les textes andorrans nécessaires à son application ;
- la reconnaissance des qualifications professionnelles ;
- les conditions d’exercice de l’architecture ;
- les nouvelles dispositions énergétiques ;
- la stratégie de rénovation du parc existant ;
- les normes techniques et procédures de certification ;
- l’adaptation des marchés publics ;
- les changements pouvant affecter la coordination avec les ingénieurs et autres spécialistes.
C’est à ce niveau qu’il deviendra possible de répondre à la question réellement importante pour un architecte :
qu’est-ce qu’il faudra dessiner, justifier, documenter ou coordonner différemment dans un projet ?
Une évolution du cadre de l’architecture, pas un changement instantané
L’Accord Andorre–UE peut avoir des conséquences importantes pour le secteur de l’architecture.
Mais elles ne devraient pas apparaître comme une rupture soudaine.
L’impact sera progressif et concernera plusieurs niveaux : professionnels, équipes de projet, performance énergétique, rénovation, produits et marchés publics.
Dans le même temps, l’architecture en Andorre continuera à répondre à des conditions profondément locales : topographie, climat de montagne, paysage, parc bâti et réglementation urbanistique propre à chaque paroisse.
Pour Studio Tamy, suivre ce processus consiste précisément à mettre en relation ces deux échelles :
comprendre l’évolution du cadre européen sans perdre la lecture concrète du territoire andorran.
Questions fréquentes
L’Andorre entre-t-elle dans l’Union européenne ?
Non. Le processus actuel concerne un Accord d’association. L’Andorre restera un État non membre de l’UE.
Un architecte européen pourra-t-il automatiquement exercer en Andorre ?
On ne peut pas l’affirmer. L’Accord établit un cadre de reconnaissance des qualifications professionnelles, mais des procédures et conditions d’exercice continueront à être nécessaires.
Les POUP vont-ils changer à cause de l’Accord ?
L’Accord ne remplace pas automatiquement les POUP ni les compétences urbanistiques des Comuns.
L’Accord aura-t-il un impact sur la performance énergétique des bâtiments ?
Il existe un lien direct. L’annexe énergétique intègre des règles européennes concernant la performance des bâtiments et prévoit des objectifs pour le parc bâti ainsi qu’une stratégie de rénovation à long terme.
Faut-il modifier aujourd’hui un projet à cause de l’Accord ?
Pas automatiquement. Un projet doit respecter la réglementation actuellement en vigueur. Les futures obligations devront être vérifiées lorsqu’elles auront effectivement été adoptées et seront applicables.


